Sierra Nevada del Cocuy – Du 26/02 au 03/03/2016

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« Moutains are not stadiums where I satisfy my ambition to achieve, they are the cathedrals where I practice my religion »

Anatoli Boukreev (alpiniste russe)

Ne restant que quelques jours avant le retour en France, je souhaitais revoir les merveilleuses montagnes enneigées d’Amérique du Sud avant de rentrer.

On m’avait parlé de ce parc national, très peu visité, mais qui est l’un des plus beaux que j’ai vu de mon voyage. Le plus bel endroit de Colombie selon moi, tout simplement !

Depuis San Gil, seulement 75 km à vol d’oiseau. Mais nombre d’heures de bus : pas moins de 12-13 heures !

Faut d’abord aller à Tunja, ville sans aucun intérêt, avec un terminal de bus bien pourri ! J’y ai passé du temps à attendre un bus pour El Cocuy, pour ne pas arriver là-bas en pleine nuit (pas de réservation, pour changer, donc pas envie de me retrouver seul sur la place principale à 3 heures du mat’ dans le froid). J’ai attendu avec un Argentin, qui attendait lui aussi un bus, mais pour le Venezuela. Pour la petite anecdote, il voyage avec son chien, et pour qu’un bus les accepte, il a dû acheter une couche pour bébé et la mettre sur son chien…

Et de Tunja à El Cocuy, une partie de la route est en terre et en lacets ! A l’aller comme au retour, il y a des gens qui n’ont pas supporté et qui ont vomit. Sympa l’odeur dans le bus ! Les chauffeurs de bus doivent se faire un petit concours entre eux pour savoir lequel fera vomir le plus de personnes je pense.

Bref, une fois ce trajet fait, j’arrive au charmant petit village d’El Cocuy au petit matin. Il est niché à 2750 mètres d’altitude, au pied des montagnes. Je m’y suis trouvé un hôtel juste parfait : pour 8 euros, j’ai une chambre où je suis seul (ça ne m’était plus arrivé depuis Pucón, au Chili, début octobre !), avec un lit 2 places et 4 oreillers, une salle de bain privée avec eau chaude ! Le bonheur ! Ça me change des dortoirs !

Le proprio de l’hôtel est super sympa en plus, il m’a bien aidé à préparer mon expédition dans le parc.

Le parc d’El Cocuy est très grand, avec 11 sommets à plus de 5 000 mètres. Un beau terrain de jeu !

Un trekk de 6 jours existe, mais il est impossible de le faire depuis un bout de temps. Les indiens U’wa vivent dans ce parc, qui est leur terre depuis toujours ; 92 000 hectares leurs sont réservés. Cependant, des conflits existent entre les indiens et les habitants des petits villages autours. Les problèmes sont nombreux, et j’ai l’impression que c’est un peu tabou d’en parler vu la difficulté que j’ai eu à me faire expliquer la situation. Mais ce qui est sûr, c’est que les U’wa ne veulent pas voir de touristes venir sur leurs terres, alors que les habitants voudraient développer un peu le tourisme… Il y a 2 ans, ces « problèmes » ont causé la mort de 20 personnes dans le village voisin, Guicán. Quand des indiens et des hommes des montagnes s’énervent, ce n’est pas pour de faux…

Mais c’est une région qui a toujours eu des problèmes : il y a 10 ans, c’était les FARC et les paramilitaires d’extrême-droite qui occupaient le terrain.

Voilà pourquoi le tourisme est bien peu développé ici : difficile d’accès, et des tensions.

Mais c’est ce qui a fait mon bonheur également : l’impression d’avoir ce parc pour moi tout seul.

Pour s’y rendre depuis El Cocuy, on peut payer un taxi pick-up bien sûr, mais c’est cher. Ou prendre le lechero (laitier), qui part à 6h du mat’ et fait le tour des fermes des environs pour récupérer le lait frais. Les locaux utilisent ce moyen de transport, pas officiel, mais qui est accepté par les autorités. Ça coûte trois fois rien et c’est pratique, bien que niveau confort…bah y en a pas. Et c’est assez cool : j’aide le laitier à transvaser les seaux de lait dans la cuve, on cause ensemble ; bref, ça passe vite. Et on parle aussi avec les gens du coin, qui sont super classes ! Voir ces « fermiers » arriver au galop sur leurs chevaux, avec un chapeau, la machette à la ceinture, et le poncho en laine… Des cow-boys des montagnes ! Ils imposent le respect.

J’ai commencé par la partie sud du parc. Le lechero (c’est plus classe à dire que « laitier » je trouve) m’y dépose et 2h de marche ensuite, j’arrive à la cabaña Sisuma, un petit refuge bien placé. De ce refuge, plusieurs randos sont possibles.

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En premier, 3-4 heures aller-retour en passant par des lagunes. Un vrai régal déjà d’être ici !

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Le sentier se termine à 4 400 m d’altitude. Aucun problème lié à l’altitude encore une fois, je marche comme si j’étais au niveau de la mer.

Un panneau indique l’interdiction de poursuivre, car ensuite c’est le territoire des U’wa.

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Retour au refuge où je vais passer la première nuit. Comme sur le sentier aujourd’hui, je suis seul, avec les gens qui travaillent ici. J’adore l’ambiance « refuge ». Ces hommes qui vivent là à l’année, aux traits durs, sont nonchalants de premier abord, mais deviennent bavards et marrants après quelques minutes de conversation. On ne se connait pas, mais on est lié tout de même ; réuni par cet amour pour les montagnes, ces grandes dames habillées de blanc qui nous surveillent de haut.

Le lendemain, debout tôt pour commencer à marcher à 6h30. Il fait en général beau le matin, alors que le temps devient nuageux l’après-midi, donc autant en profiter !

Après 2h30 de montée, j’arrive au pied du Pan de Azúcar et du Púlpito del Diablo, à 4 800 m (altitude du Mont Blanc encore atteinte !). C’est grandiose…

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Tellement heureux de pouvoir toucher de nouveau ces glaciers. L’envie d’atteindre le sommet me démange, ça n’a pas l’air technique, mais la location des crampons et piolets coûtait un peu cher…

Je reste 1 heure là-haut à profiter de la vue bien dégagée, et du silence absolu.

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Redescente ensuite au refuge, où je prends mon sac et file vers le secteur central du parc. Le proprio de mon hôtel m’a expliqué un chemin à prendre qui relie les deux secteurs, mais qui n’est pas indiqué sur les cartes.

Je trouve assez facilement le début du sentier qui me fait passer par des endroits où personne ne passe je pense, et qui sont pourtant bien beaux !

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Après 2h30 de marche, je suis… paumé. Le sentier se divise en plusieurs petits chemins. Pas de panique, j’ai une bonne carte avec toutes les rivières, les vallées et les dénivelés. Je réfléchis et pars dans une direction, qui s’avérera être la bonne. Même si au final, je ne suis pas arrivé par le chemin traditionnel. Les gens du refuge ont trouvé ma façon d’arriver un peu originale : enjamber un barbelé et tracer à travers champs avec des vaches. Me voilà bien arrivé à la hacienda La Esperanza, et c’est le principal ! Ce refuge est géré par le frère du proprio de l’hôtel où j’étais à El Cocuy.

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Je suis bien crevé, après 7h30 de marche dans la journée, avec de gros dénivelés. Mais le lendemain c’est reparti !

Départ à 7h pour une journée qui s’annonce difficile : j’ai les jambes lourdes et je dois aller du refuge qui est à 3 700m d’altitude, à un glacier qui est à 4 800… Ça grimpe dur !

3h30 de gros efforts, en voyant la végétation évoluer au fur et à mesure que je monte. Je suis notamment passé par la vallée de los Frailejónes. Ces plantes typiques des páramos, des écosystèmes de haute altitude très particuliers.

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Après 3h30 de marche, j’arrive à la Laguna Grande de la Sierra.

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Un petit (gros) effort de plus, en passant par des rochers, et j’atteins le glacier du Concavo !

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Objectif atteint ! Moment particulier : je réalise que ça fait 13 mois jour pour jour que je voyage en Amérique du Sud, et je suis ici, dans ce décor surréaliste…

Mais le vent se lève et gèle les os, donc redescente !

Au retour, je croise trois français qui m’informent que la partie sud du parc a fermé hier soir. J’y suis parti l’après-midi, j’ai eu de la chance ! Les tensions avec les U’wa ont recommencé et ils ont bloqué l’accès au secteur.

Je dors à la Hacienda La Esperanza encore. Mais mauvaise nuit de passé… Une petite diarrhée ! Ça faisait longtemps, depuis la Bolivie. Et oui, ça fait aussi partie du voyage !

Pas grave, j’ai fait ce que je voulais faire dans le parc et reprends le lechero le matin. On passe par des routes superbes, avec vue sur le Ritacubo Blanco, le plus haut sommet du parc avec 5 380m.

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Le lechero s’arrête à Guicán. De là, je dois prendre un bus pour retourner à El Cocuy. Mais j’ai loupé le bus de 11h à 10 minutes près, et dois donc attendre celui de 14h… Je patiente sur la place, et cause avec plusieurs personnes. La vendeuse de fruits et légumes m’offrira même de quoi manger pour passer le temps !

Retour à El Cocuy, où je reste 2 nuits dans ma chambre présidentielle (non, faut pas en rajouter quand même) pour me reposer. Un repos bien mérité !

J’aurais donc passé 1 semaine ici. Une semaine merveilleuse, bien plus que ce à quoi je m’attendais. Loin du circuit touristique habituel et de l’agitation de la côte. C’est ici que j’ai vu les plus beaux paysages de Colombie, sans hésitation.

Certains trouvent leur paradis sur la côte des Caraïbes, avec une eau turquoise et de la chaleur. Moi, c’est ici le mien, dans le froid et au milieu de montagnes majestueuses.

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2 réflexions sur “Sierra Nevada del Cocuy – Du 26/02 au 03/03/2016

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